23.09.2007
Conseils communaux au Venezuela : Une ultradémocratie en perspective
Cher tous
Voici (à gauche sur la page d'accueil) un petit mémoire sur les conseils communaux au Venezuela.
Comme les définit la loi, ceux-ci sont des « instances de participation, d’articulation et d’intégration entre les différentes organisations communautaires, groupes sociaux, citoyens et citoyennes, qui permettent au peuple organisé d’exercer directement la gestion des politiques publiques et de projets orientés vers la satisfaction des nécessités et aspirations des communautés dans la construction d’une société d’équité et de justice sociale. »
En d’autres termes, ils mettent en place une démocratie directe intégrale au niveau local, ce qui est à bien des égards subversif dans un contexte où la quasi-totalité des élites et des chercheurs autorisés font de la représentation le stade ultime de la démocratie.
Pour beaucoup, la démocratie directe serait un type de gouvernement impraticable. Pour les puissants, elle n’est tout simplement pas souhaitable. Ce qui est compréhensible.
Georges Burdeau le note sans ambages dans l'encyclopédie Universalis :
« Ce qu’il est essentiel de comprendre c’est que la démocratie, alors qualifiée de représentative, ne se justifie pas seulement à titre de pis-aller, comme une solution qu’imposerait l’impraticabilité de la démocratie directe. Elle est légitimée dans son principe même, par des considérations rationnelles. Montesquieu les a clairement exposées en affirmant dans L’esprit des lois que ‘‘le grand avantage des représentants, c’est qu’ils sont capables de discuter des affaires. Le peuple n’y est point du tout propre […]. Il ne doit entrer dans le gouvernement que pour choisir ses représentants ; ce qui est bien à sa portée… ’’ C’est là l’idée qui servira de fondement juridique à la représentation politique et qui attribue à l’élection le caractère d’un mode de désignation et non la portée d’un transfert de volonté »
Peut-on dès lors qualifier nos gouvernements représentatifs de démocratiques ? Non, la démocratie suppose de confier le pouvoir au peuple, ce qui n’est pas même envisagé dans la théorie des gouvernements représentatifs occidentaux. Nous le montrons dans le corps du mémoire, cette conception suppose une vision raciale, essentialiste, naturelle de la différence entre les hommes (…), antinomique avec l'idée démocratique, laquelle suppose "un homme / une femme = une voix".
Elle traduit en outre un populisme (au sens négatif du terme) dans le sens où la référence à la démocratie est essentiellement un outil de légitimation à l’usage des puissants. Autrement dit, cette référence à la démocratie s’apparente à de la démagogie, c'est une manipulation.
Dans ce mémoire, l’arroseur est donc arrosé. L’occident veut faire de Chavez un populiste autoritaire, nous montrons que le leader de la révolution bolivarienne est un profond démocrate ; que le concept de populisme, dans sa version méprisable, est en revanche applicable aux régimes pseudo-représentatifs occidentaux.
Si l’on a utilisé l’analyse des conseils communaux à la manière d’une arme pour démonter les prétentions démocratiques de l’occident, on a aussi cherché à les comprendre, à saisir ce qui en constitue l’essence.
Paradoxalement, les conseils communaux traduisent un populisme démocratique et progressite, antinomique avec la vision négative que l'on a de ce concept :
- Ils font du citoyen, l’origine autant que la fin du politique, ils supposent donc que le peuple est potentiellement capable et vertueux, ce qui est pour nous (pour la science politique tout du moins) synonyme de populisme.
- Ils substituent les citoyens à leurs représentants, et sont donc une institution antiparlementaire, ce qui est associé au populisme.
- Ils n'ont d'autre volonté que de confier le pouvoir au peuple, ce qui est aussi une caractéristique du populisme. Comme le note Taguieff, celui-ci serait un isme au contenu minimal, sans autre idéologie que la consécration du peuple. En d'autres termes, le populisme dans sa version noble et théorique autant que les conseils communaux (niveau local) au Venezuela n'imposent pas un type prédéfini de politiques, ils laissent aux peuples le soin de prendre en main les clés de leur destin.
Associés à d’autres mécanismes, ils contribuent donc à dessiner un Venezuela ultra-démocratique.
Au niveau politique, le récent projet de réforme constitutionnelle présente de belles avancées, puisque s’il venait à être adopté (par l’assemblée puis par référendum), la constitution graverait dans le marbre un système politique mixte, à trois niveaux :
Un niveau local fonctionnant sur de la démocratie directe, un niveau régional régi par des mécanismes de démocratie participative (délibérative), un niveau national gouverné par la logique représentative.
Trois types de légitimités selon les conditions de possibilité, et au final un approfondissement, une démocratisation radicale de la démocratie (à supposer qu’elle soit en place), susceptible de faire rêver les progressistes du monde entier.
Au niveau économique, si elle est sujette à certaines réserves, l'explosion des coopératives et des statuts similaires (notamment les coopératives de propriété communale), témoigne d'une profonde volonté de démocratiser, de réenchasser un champ qui jusque là, était presqu'universellement soumis à la logique du profit et des puissants. Il en va de même pour la sphère médiatique qui voit l'apparition de nouveaux acteurs, les médias communautaires notamment, avec pour conséquence singulière, une véritable pluralité d'idéologies et d'opinions (dans le sens où il n'y a plus une "pensée hégémonique" qui marginaliserait des "pensées périphériques").
Au final, on assiste à une réappropriation du politique (au sens large) par les citoyens, ce qui entraine une nette amélioration des niveaux et conditions de vie ; le tout se synthétisant au sein d'un nouveau projet contre hégémonique, progressiste, pragmatique et populaire : le socialisme du 21ème siècle.
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